Mes Chers Consoeurs et Confrères,
Une nouvelle échéance électorale se prépare, nous allons désigner notre prochain Bâtonnier. Celui-ci devra mener les combats nécessaires à la défense de notre Profession, malmenée de toutes parts.
Les références économiques deviennent mondiales. La façon de penser notre système de société « à la Française » éclate petit à petit par la volonté affichée de l’Europe d’imposer une dérégulation.
La profession d’Avocat n’est pas une activité comme une autre. Il y a dans notre exercice quotidien plus que de simples impératifs économiques. Discourir afin de savoir si le Droit est une marchandise comme une autre est, certes, utile pour situer la place de l’Avocat dans les rapports économiques : Mais à la condition de ne jamais perdre de vue son rôle essentiel de défenseur, celui qui le met en première ligne lorsqu’il s’agit de lutter contre les injustices de toutes natures.
Des lois ou projets de lois menacent périodiquement l’indépendance de l’Avocat. Les polémiques engagées à propos du secret professionnel le démontrent avec force.
Parallèlement, la Justice est de plus en plus souvent analysée seulement en termes de coût, au risque de porter atteinte aux libertés individuelles..
Une vraie Justice pour tous les citoyens nécessite une vraie défense !
Les Avocats sont le « ciment » d’une société démocratique. Ils doivent le demeurer et continuer d’être la voix qui s’élève pour dire « non » !
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J’exerce la profession d’Avocat Généraliste depuis 28 ans. J’ai exercé en cabinet de groupe, en SELARL et depuis quelques années en cabinet individuel.
J’ai assumé plusieurs mandats au sein du Conseil de l’Ordre.
Je connais l’exaltation des « belles causes » et les grands désarrois face à l’ingratitude, l’injustice, voir l’iniquité.
Je sais les combats que nous menons quotidiennement contre nos difficultés matérielles et financières, nos angoisses du lendemain et le sentiment d’impuissance et d’isolement dans lequel nous nous trouvons bien souvent.
Animé par la certitude que nous pouvons réagir, nous organiser, être créatifs en faisant bloc, j’ai décidé de me présenter à cette élection.
I - MES ENGAGEMENTS DE PRINCIPE :
- Travailler à ce que le Débat soit la Règle.
- Les réunions du Conseil de l’Ordre, sous l’égide du Bâtonnier, doivent permettre un échange permanent afin que les décisions soient proposées, évaluées et prises dans l’intérêt de tous.
- Des débats doivent cependant avoir lieu de manière plus large : Les réunions du Conseil de l’ordre doivent pouvoir s’ouvrir de manière régulière à des Confrères désireux de participer à certaines discussions.2) La transparence des travaux du Bâtonnier et du Conseil de l’Ordre doit être l’évidence.
- Il faut renouer avec la publication d’extraits des procès verbaux du Conseil de l’ordre. Le Bâtonnier, par le biais du journal du Barreau, doit rendre compte de ses actions.
Les dépenses et les recettes de notre Ordre doivent être exprimées dans le cadre de l’Assemblée générale du Barreau.
- Je veillerai avec une particulière attention à ce que les désignations des confrères aux différentes tâches distribuées par l’Ordre, soient faites dans la transparence.
- Le Bâtonnier doit être proche de ses confrères et facilement accessible.
Le rôle du Bâtonnier ne peut se concevoir que dans un rapport de proximité avec ses Confrères. Nous avons l’avantage de posséder un local au Palais de Justice, lieu où nous exerçons notre profession. Quel meilleur endroit pour y tenir un « point de rencontre », véritable permanence hebdomadaire afin de permettre à chacun de m’y rencontrer facilement.
II- LE BÂTONNIER AU SERVICE DE SON BARREAU
La solidarité entre les Avocats composant notre barreau est essentielle. Toutes les tranches d’âges y sont représentées .Des actions doivent être menées afin que ne se perdent pas l’expérience des uns et l’enthousiasme des autres.
- La suppression des obligations du stage implique de nouvelles méthodes.
- La faculté d’un « tutorat » voire même d’un « partenariat » entre plus jeunes et plus anciens visera à rompre l’isolement de plus en plus prégnant de certains au fur et à mesure que le Barreau s’étoffe. Il assurera aux « jeunes installés » la certitude de pouvoir, sans obstacles et sans préalables, auprès d’un Confrère plus ancien : échanger, trouver des solutions dans la gestion de son cabinet.
- La mise en place d’un ou plusieurs médiateurs m’apparaît nécessaire afin de prévenir les conflits qui peuvent survenir dans la mise en œuvre des contrats de collaboration. Ce médiateur pourrait être le « référent » désigné à l’origine du contrat. Il serait à l’écoute des parties, chargé de « désamorcer » les éventuels conflits.
- La création d’un « bureau de liaison » pourrait centraliser les difficultés matérielles rencontrées par les Confrères empêchés temporairement de travailler.
- Le soutien de tous face aux difficultés matérielles.
- Le réseau virtuel se met en place rapidement. Il va probablement révolutionner nos habitudes et remettre en cause certains grands principes comme la postulation. Il m’appartiendra de trouver au fur et à mesure de son développement toutes les solutions afin de permettre à chacune et chacun d’entre nous de pouvoir y accéder matériellement et d’en profiter pleinement. Ceci peut , bien entendu, passer par des avantages financiers négociés dans la mesure ou la trésorerie de notre Ordre le permettra.
- L’accès à Internet par Wi-Fi doit être rapidement mis en fonctionnement tant dans nos locaux du Palais qu’à la Maison de l’Avocat.
- Il serait souhaitable d’étudier les moyens de rationaliser nos déplacements en dehors du Palais de justice de BOBIGNY.
- La formation professionnelle et la documentation
- Il appartiendra au nouveau Bâtonnier de s’engager pleinement dans le projet d’un grand « Centre du Droit », siège d’une nouvelle école des Avocats mais également lieu de formation professionnelle continue. Je pense qu’il est impératif de mettre en place une véritable formation en « droit des affaires ». Ceci d’autant plus que, d’une part l’obligation de stage a disparu et que, d’autre part notre profession risque, par la dérégulation qui se dessine, d’être considérablement plus impliquée dans le secteur juridique, soumis à une grande concurrence.
- Je pense qu’il est temps de réorganiser notre fonds documentaire et d’en faire véritablement un outil performant. Il convient d’équiper la bibliothèque de postes informatiques suffisants en nombre. Dans la mesure où la disposition les lieux le permettrait, un espace spécifique à la « formation informatique » pourrait être créé, facilitant la mise en place de sessions de formation régulières et rapides.
- La vie du Barreau
- Création d’un atelier tourné vers la plaidoirie. Il s’agirait ici de renouer avec l’essence même de notre Art, la parole. Je souhaiterais que cet atelier soit abordé sous l’angle du théâtre et de toutes ses expressions.
- Je souhaiterais également que des activités culturelles, en plus des conférences qui existent déjà, soient régulièrement organisées : expositions , concerts, etc.
III- LE BÂTONNIER DANS SON ROLE DE REPRESENTANT DU BARREAU
1) Redonner au Barreau sa fierté. Doit-on tout accepter ? Nos investissements sans cesse grandissants dans le secteur aidé n’ont pas contribué à améliorer notre image, ni la santé de nos cabinets. Nous payons le prix fort des changements de l’organisation de la justice, qui ne paraît ni mieux rendue, ni mieux comprise… Ne nous résignons pas !
- Une réflexion sur l’Aide Juridictionnelle et le rôle de l’Avocat dans ce cadre s’impose d’urgence. Organisons des Etats généraux Européens de l’Aide Juridictionnelle ! Il n’est pas normal que le poids de l’Aide Juridictionnelle (qui, d’exceptionnelle, est devenue quasiment la règle pour les particuliers) soit supporté par l’Avocat sans vraie contrepartie ! La concurrence en est faussée ! L’avenir de la forme libérale de notre exercice en est atteint dans son fondement. Nous sommes instrumentalisés.
- Le secteur pénal n’est pas en reste. Une réflexion doit être menée sur ce terrain. L’éparpillement des procédures pénales pour un « meilleur rendement » fait de nous, dans certaines procédures pénales, des instruments peu glorieux plus que de véritables défenseurs. Le secteur aidé dans ce domaine prend des proportions considérables. Il tarit totalement les cabinets en ville.
- Je souhaiterais qu’une concertation s’instaure sur la question de l’établissement d’un barème d’honoraires. L’existence de celui-ci pourrait être une réponse à la demande de transparence et d’harmonisation de nos pratiques professionnelles.
2) Nous avons le devoir de nous faire remarquer en parlant d’une seule voix. Nous sommes, quelles que soient nos spécialités et nos modes d’exercice, liés par le même désir de « défendre ».
- Nous avons le devoir de savoir dire « non ». Notre indépendance l’exige pour la défense de toutes les libertés qui nous sont chères. Je souhaite que notre participation soit plus active et que notre voix se fasse mieux entendre nationalement et, pourquoi pas, sur le plan international. C’est déjà le cas dans la lutte contre les discriminations. Accentuons cette démarche, trouvons d’autres pistes. J’y veillerai. La reconnaissance positive de notre Profession en dépend.
- Je souhaiterais initier des rapprochements avec des Barreaux étrangers dans le cadre d’une véritable coopération. Je souhaiterais que le Barreau puisse participer à de grandes actions visant à promouvoir le Droit Français à l’étranger, s’associer à des actions telles « Avocats Sans Frontières ». Ceci est d’autant plus réalisable que la diversité de notre Barreau nous le permet.
3) améliorer toujours notre relation avec les juridictions.
- Notre participation à la Justice fait de nous des contradicteurs privilégiés des juridictions. Nous devons absolument obtenir que nos conditions d’exercice professionnel soient facilitées et non pas « négligemment aggravées ». Nous devons être respectés comme nous respectons ceux avec lesquels nous travaillons quotidiennement. Je m’élèverai contre toute initiative qui porterait atteinte à ce principe essentiel de respect mutuel.
- Il appartient également au Bâtonnier de veiller à ce que les personnes appelées à se présenter au Palais de Justice soient accueillies dans des conditions matérielles décentes et traitées humainement.
Bien sûr, ces idées et ces réflexions ne sont pas exhaustives, vous en avez certainement beaucoup d’autres, que je souhaite très sincèrement intégrer aux débats et aux décisions ultérieurs. Leur mise en œuvre dépend de la volonté de tous. Je suis conscient des efforts fournis par les précédents Bâtonniers et je souhaite surtout que notre Barreau, face aux changements de notre société, soit animé d’un souffle nouveau : L’avenir doit nous voir solidaires et désireux d’agir sur notre destin.
Vous connaissez mon souci d’équilibre et mon attachement à notre Barreau.
TOUS ENSEMBLE POUR DEFENDRE LA DEFENSE !
Votre Bien Dévoué Confrère. |